Existe-t-il ce monde dont je rêve qu’un jour j’y vivrai ? J’ai peur à l’idée qu’il y’a une musique que je n’ai pas écoutée, un homme que je n’ai pas embrassé, un amour que je n’ai pas consommé. Existe-t-il un monde parfait où vont se rencontrer ceux qui le doivent ? Où vont s’embrasser ceux qui se savent ? Un monde caché qui héberge les loupés. Qu’arrive-t-il des rendez-vous avortés ? Peut-on un jour visiter ces histoires inoccupées, celles à côté desquelles on est passé sans même les regarder ? Vais-je un jour goûter ces baisers non touchés, écouter les paroles assassinées ? Y’a-t-il un chemin pour y arriver, un moyen pour l’emprunter ? Je le sens, sans le toucher, je l’entends sans mes oreilles, et le vois, dans mon sommeil. Lui et moi, unis pour toujours, comme les lignes parallèles qui s’accompagnent à jamais, et à ne jamais se rencontrer sont condamnées.
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Nous écrivons tous la même histoire. Que nous la couchions sur du papier, ou la gravions dans nos mémoires. Nous écrivons tous le même livre, d’amour et de désespoir. Nous avons tous le même désir de vivre, comme dans un film, comme dans un roman, de naviguer sur des lignes droites des lignes ivres. Des lignes parallèles. Nous buvons dans l’une et nous enivrons dans l’autre.
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Un jour j’ai découvert, en plein froid, en plein hiver, le remède des mondes parallèles. La vie est un funambule, perchée sur deux lignes. Deux lignes qui s’accompagnent à jamais, et à ne jamais se rencontrer sont condamnées. Deux lignes bien tracées, l’une avec l’air qu’on respire, l’autre avec les mots du délire. Deux lignes qui ressemblent à des cordes. L’une pour se pendre et l’autre pour grandir. Deux cordes faites de lignes pour écrire, cachées dans un lit qui ressemble à un cahier.
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Mais quoi ! Vous pensez que les mots vont rester enfermés dans mon ventre ? Un jour ils ressortiront en furie. Ils surgiront de mes yeux, jailliront de mes intestins, suinteront de mes cheveux. Mes ongles muteront en stylos, ceux qui écrivent sans trembler, et mes jambes en forêts, celles qui font le papier. De mes doigts fleuriront des bandes infinies, faisant le bruit des machines à dactylographier. De mes bleus couleront des rubans colorés comme ceux qui s’échappent des manches des magiciens et qui n’en finissent jamais. Regardez ces lignes éjectées comme des fusées à la recherche des étoiles. Des lignes propulsées vers le soleil aussi vite que mes petites étoiles filantes viennent de plonger dans le sommeil !
Vite, allons dire à tous les gens qu’on aime qu’on les aime avant que le Tsunami nous emporte, que l’avion nous écrase, le feu nous embrase, et que l’argent nous exporte. Écrivons d’un seul trait ce qui nous mine. Vite. Avant que le vent nous vide et le temps nous élimine. Vite. Avant que la vie me quitte et me ruine. Prenez le seul poème qui m’habite, tenez les mots qui me hantent. Éloignez de moi les ombres de cet arbre sans nombre, qui m’abrite et m’épouvante.
J’aime tant dormir. Je rêve de mes rêves plus que de manger, et besoin de mes songes plus que de te caresser. Où va-t-on quand on rêve? Où vont nos rêves une fois rêvés? Je veux les prendre en filature, avant de me réveiller. Les suivre sans mot dire pour ne pas les effrayer. Je veux porter les armures que mes rêves ont tissées. Toucher le temps qui n’est pas passé, et gouter le repos qu’ils ont embrassé. Que font nos rêves quand on s’est réveillé. Où sont-ils quand on les a oubliés? Est-ce qu’ils nous attendent, discutant paisiblement, ou bien cherchent-ils vraiment, désespérément ceux qui n’ont plus de rêve, dont le rêve est absent.
C’est à toi que je parle, quand je parle avec moi. Quand en silence je pense à ce que je livre là. Ces longues confidences que je retourne en moi, avant qu’enfin je les dépense sur ce clavier avec mes doigts. Tu es de chair mais est-ce vraiment toi, qui reçois mes mots, pour qu’homme je devienne et que femme tu sois ?
***Quelle heure est-il du jour ou de la nuit ? Quel temps fait-il ? Est-on hier ? Où est aujourd’hui? Je tourne avec la terre et mes sens sont étourdis. Ta bouche me nourrit et tes mains ont kidnappé ma léthargie.
Quel temps fait-il ? Est-ce du soleil ou de la pluie ? Quel pays m’habite ? Quel océan m’a pris? Tes vagues brulantes m’ont envahi et ton doux volcan enseveli.
Quelle heure est-il du jour ou de la nuit ? Ton souffle me brûle et la lune s’est enfuie.
Quel pays m’habite, quel océan m’a pris ? Mes veines s’agitent et voient enfin la vie.
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Il a des pages blanches en guise de peau et respire par vos yeux. Tes mains, on peut quand même se tutoyer, sont comme une plage et mon sein s’appelle « encrier ». C’est toi et moi qui l’avons fait. Tu caresses sa peau et contemple son visage. Regarde bien ses traits. Il est à ton image et les lignes sont ses cheveux. Touche ses pages, elles sont lisses et dorées. Il s’appelle « les mondes parallèles », tu sais, comme les droites parallèles, dont à l’école déjà on nous disait, qu’elles ne se rencontreraient jamais.