jeudi 31 juillet 2008

Toile

Viens ma belle. Mets-toi en en face de moi. Je veux finir la toile de ma vie.

Dis-moi comment peindre tes yeux qui brillent ou plutôt comment peindre l’envie. Explique-moi comment croquer tes cheveux inextricables. Comment figer l'interminable. Parle-moi pour que je voie ta bouche me montrer l’inconcevable.

Mes doigts sont muets. Mes crayons sont inquiets. Mes pinceaux sont aux aguets.
Ils veulent honorer ta beauté, t’offrir une éclosion de fleurs. Alors approche toi de mes souhaits, caresse moi pour apaiser mes couleurs.

Retourne-toi ma source. Tes monts et merveilles me nourrissent de secousses. Tu verras. Bientôt jailliront pour toi des lignes fauves avec des senteurs pourpres et mauves.

Délasse-toi encore. Mon vertige se trémousse. Ne bouge plus ma douce.

Le plan est parfait. Je vais m’exprimer. Regarde. Ca y est.

Misère!

Ce n’est que du blanc.

Pardon beauté.

Pour avoir de la couleur il me faudra te tuer.

dimanche 6 juillet 2008

A perpétuité

Je tourne,
Comme nos langues dans nos bouches,
Me retourne,
Comme les fouets battent le beurre,
Pour que s’enfournent les gâteaux d’anniversaire,
Ronde,
Comme le chagrin quand se ferment les paupières,
Emprisonnée,
Comme Sisyphe et Oedipe enchevêtrés,
Féconde,
Autant que les amants quand ils s’enlacent à l’envers.
Je gigote dans ma cellule privée,
Je ne serai jamais la lumière d’un tableau de Vermeer,
Je ne verrai jamais ce que tes doigts qui me frappent appellent la mer,
Je ne suis qu’une valeur mal dans sa case mal dans ton curseur,
Je ne suis que ce que dis le message d’erreur,
Je ne suis qu’une valeur sans valeur,
Enfermée dans la référence circulaire de ton tableur.

Couleur

Au premier soleil d’après l’hiver, le cliquetis des couverts, le bruit des assiettes et le tintement des verres s’éloignent lentement sous l’effet de la bière, pendant que mes pieds sur-terre tentent en vain de retenir les montgolfières de mes souvenirs.
Et des sphères en couleur, coulent les rivières de l’eau que je n’ai pas bue, du temps que je n’ai pas cru, et tout ce que je n’ai pas vu, caché derrière la lumière: l’enfant blotti dans son lit, tremblant de froid et de misère, craignant les pas qui viennent à lui, et priant que d’autres n’oublient de le faire, le géant, rouge, vert ou gris, du fond de son cri pleure, des larmes qui ne font pas de bruit des larmes sans odeur.

Dans le café des petits bonheurs, s’endorment les pensées au fond des verres. Malgré le tournis des fourchettes et les promesses de dessert, mes yeux tremblent sous le flot des armes ahuries, des larmes sans couleur qui viennent du même pays, s’en vont au même cimetière.

Mer morte

Je me suis longtemps trompée, j’ai lentement cherché, perdue dans les malentendus et les amalgames des espèces de ma sorte, à défaut de connaissance, la reconnaissance. Longtemps ballottée, entre les eaux de la méditerranée et celles qui maintenant me portent, j’ai souvent rêvé, des lieux de ma naissance, surement supplié- je ne sais qui, je ne sais quoi - de me donner quelque assurance, de m’offrir quelqu’ escorte pour mon dernier voyage.

Maintenant, je flotte. Le soleil me flatte. J’entends les sons polyglottes qu’autour de moi, les mots enfin lâchés chuchotent. Les fleuves refoulés s’emportent, dessus miroitent les poissons envolés des rivières argentées, mes pores désagrégées se transportent, au fond de ma peur bleue, plus rien ne grelotte.

Je me suis longtemps trompée, j’ai lentement cherché le lit où je dors enfin, si forte. Je flotte. Viennent les langues unifiées gouter aux couches salées de mon corps, quand viennent me momifier, les bras inespérés de la mer morte.

Mémoires d'une coïncidence

Je suis une coïncidence, née du croisement du hasard et du malentendu. Un concours de circonstances rêvé par la chance et l’inconnu.

J’essaye de tenir la distance malgré mon souffle interrompu. Impossible.

Je ne suis qu’une coïncidence. Installée entre ce que tu lis et que j’écris. Ephémère, et sans importance. Tu vois, je n’existe déjà plus.

L'hippodrome

Attroupement sur la place. La course a commencé. C’est l’heure ou courent les limaces et secrètent leurs pensées cherchant sur la surface, dans quel sens aller. Leur bave dégueulasse coule sans s’arrêter et le papier de glace fait semblant de l’aimer.

L’hippodrome se déplace, papier à carreaux ou papier millimétré, confusion dans l’espace, la distance et le temps sont fâchés. Les lignes s’effacent, les pistes sont brouillées et tu supplies le référent ciel de t’éclairer.

Galope ma limace je ris de ta course effrénée. L’horizon est la cible. Ne vois-tu pas la surface s’y diriger, devenir une ligne indicible, puis dans un point s’effondrer - et après ? Et après? N’arrête de se demander ma grimace désemparée. Ne vois tu pas les limites de l’éternité?

Pauvre limace qui trépigne croyant qu’elle a des pieds, pathétiquement se dandine, mais non, tu ne sais pas danser. Reviens à ta place, déroule toi, étale toi, regarde moi. Je te prête mes larmes pour unique verticalité. Et après ? Et après ? crie mon âme déboussolée. Applaudissements. La garce s’est levée, s’est envolée, désertant mon rêve, me laissant affronter, une fois de plus, seule, l’horreur de me réveiller.

Solstice

Dans la cour de récréation, s’agitent les filles et les garçons. Avec leur corde à sauter, on dirait un grand ballet pour sa première représentation.

Riez et jouez enfants de la terre. La corde fouette le parterre, c’est le solstice d’hiver, elle caresse le ciel, pour le solstice d’été. S’avancent vers la lumière, sautent sans s’arrêter, vifs comme roulent les rivières, l’élan assure l’éternité., leurs yeux captent la lumière et rêvent d’infinité.

Dans la cour élémentaire, se succèdent l’automne et les cerisiers. Les cils repoussent la poussière que tousse le sol tourmenté. Mal dans leur chair, les cordes sont usées, appréhendent l’hiver et envient au temps son élasticité.

La cour est un désert. Je suis seule, je suis essoufflée. Le soleil nargue mes artères et au crépuscule mon sang est gelé. Je tremble, j’ai peur, mes yeux n’ont plus de larmes, rien pour m’abreuver.

Ca y est. Ca sonne. C’est l’heure. Je dois y aller. Je range mes effets, et mes mains s'affairent, ... tanguent et sanglotent en voyant cette corde qu'elles n'auraient jamais du lâcher.

L'amant

Depuis ma tendre enfance, de tes mains nues tu me berces. Tu étais mon ami, je te veux pour amant, et te prends pour la vie.


Tes morsures sont les caresses qui me laisseront un jour sans voix, bientôt sans yeux mais je sais que jamais ne me quitteras. Brule mes doigts, je ne t’en voudrais pas, puisque tu restes et toujours m’accompagneras. Emporte-moi mon amour apprends moi à suivre l’infinie cadence.


Toi mon seul, toi mon fidèle, mon présent éternel. Pour toi je danse et me balance, au son des tics et des tac, comme toi mon modèle. Je t’offre l’indolence et le serment de t’aimer sans trac, me laisser aller en toi, m’abandonner dans tes bras, sans résistance.

J'aimerais bien croire...

J'aimerais bien croire que l’univers a une âme que la nuit en silence je puisse implorer. Qu’en elle la mienne trouve un miroir, qui saurait se souvenir, qui aimerait regarder.


Il me plairait de penser que la science est capable de dormir pour que la nuit elle puisse nous rêver, que le temps est une larme qu’elle n’a pu retenir, et qu’avec l’âme, un jour, ensemble elles se marieraient.


Dans ce monde inouï où mille pèlerins cherchent leur vie, je voudrais être un enfant, un simple d’esprit, un risible innocent … et à la question de l’existence, de la naissance et de l’infini, je supplie - mais qui?-, j’en balbutie tellement c’est tentant et serait joli, je bafouille et je prie que la réponse soit oui.

Tristesse

Aurais-je un jour le courage de lire ce que j’ai écrit sans être horrifiée par ce que je suis, quitter les lieux où je m’installe pour apprivoiser ceux que je fuis.

J’écris pour la paresse et la tristesse qui nous unit. Celle qui fut ma maitresse, nourrit le lit de ma folie. La mélancolie est ma maison et le manteau de ma déraison. Dedans, bien au chaud je cherche. Je cherche le mot qui me dira maintenant c’est fini. Me soufflera : tu peux t’en aller, tu peux t’endormir, partir vers le néant ou l’infini -qui sait-, vers le bel ailleurs ou le nulle part, -peu importe. L’important est que j’ai trouvé, que j’ai fait en sorte qu’il sorte, que je te l’ai légué, le mot qui te fera vivre et qui maintenant m’emporte.

Il ne manquait qu’une lettre. Celle qu’aujourd’hui j’écris, et que depuis ma naissance au fond de moi étouffe et crie. A l’heure où tu lis je suis déjà partie, auras-tu le courage d’entendre ce que je dis, regarder mon vrai visage alors que je ne suis plus, tourner la page, mais seulement après avoir lu.

Résidence secondaire

La surface de mon imaginaire est d’un milliards de mots carrés, transformés en sphères dans l’immense là-bas égarées. C’est mon palace, ma chaumière, et dans ses murs le son précède la pensée. Nanani nanana nananère, voilà la musique qu’on y entend jouer.

Le balcon a une vue sur désert, le plus beau, le plus escarpé, et sur le toit en forme de montgolfière les paratonnerres sont expatriés. De la cuisine de mon état secondaire émanent des saveurs inavouées, et dans la cheminée des soirs d’hiver, c’est mon âme qui part en fumée.

Que croyez vous que je préfère dans ma résidence d’été ? De la cave au grenier tout n’est que rêves songes et souhaits et les idées dans ma tanière existent avant d’être nées. Dans la chambre à coucher, mes pensées ont le ventre à l’air et mes vœux les jambes écartées accueillant les désormais perpendiculaires lignes que l’on connait. Dieu que j’aime la douceur de ces heures dans ma demeure adorée, quand divine lente langueur caresse mes sens égarés.

Au cœur de ma villa d’enfer, un génie s’est faufilé. Son souffle incendiaire a investi mon cerveau et au caveau mon savoir condamné, gardant pour lui le mystère de la lampe qu’un jour j’ai caressée.

Big Bang

Une pensée échappée du Big Bang des idées poursuit son voyage. Loin est la terre. Vagues sont les idées.

Big Bang. Je me souviens de naguère, moi si lente elle si pressée, pensée échappée de mes artères…. . A des années à des lumières, je veux la rattraper, étrangler le décalage horaire, dans l’espace me consumer.

Des antiques mystères lequel est le plus grand, l’explosion de mon imaginaire ou celle des océans, la fusion des millénaires ou l’implosion du temps.

Bang Bang. Comment cela a-t-il commencé. Est-ce toi, Lucifer, qui a violé le grand néant? Entends-tu le rire de Jupiter explosant, tournoyant, et le ricanement des vipères ondulant dans les sables mouvants. Dieux ou muses de l’éphémère se disputant la clef du mouvement.

Tangue Tangue. Mon cœur encore par terre s’accroche à sa pensée, propulsée dans d’autres univers, dédiée à voyager. Pensée, dénuée de sens, dénudée d’idées sauf celle d’espérer qu’un jour qui peut-être n’est pas né, un jour peut -être à rattraper, un instant même rêvé, une seconde à consommer, avons-nous gouté au sens du mot aimer.

Chef d'orchestre

Note finale.
Révérence.
Silence.

Applaudissements.

C’est maintenant.
C’est maintenant que ca commence.
La houle s’avance
Au rythme des bravos
Des ondes et de l’eau.
Sortent de mes cheveux
Des tam tam rugissants.
Tonnerre de Dieu.
Debout pour l’ovation
Rhytme des révolutions
Chant des manifestations.
Et voilà que dévalent
Les frondes émotion
Des musiques du monde.
Clap Clap Clap
Le grondement m’attrape
Ca déferle et ca m’inonde
Ressort de mes yeux
En larmes de feu

Qui coulent
Qui m’éteignent
Et rêvent
Que ca revienne.

Silence.

Le chef d’orchestre s’est retiré.
Dans sa loge s’est enfui
Les magiciens l’ont suivi
Leurs robes caressent le parquet.

Absence.

Plus personne.
Plus un bruit.

Adieux

Un baiser. Son corps ployé sous le poids des bagages s’éloigne. Se retourne pour encore me regarder. S’en va comme pour un pèlerinage. S’accroche à moi comme un rivage. Entre nos yeux des plages. Des fils qui se serrent et se desserrent, ondulent et dessinent des mers, rêvent de prendre le large.

Que nous restera-t-il après le grand voyage ?

Voilà à quoi je pense tous les matins, après avoir dit au revoir à ma fille, qui se dirige vers sa classe, emportant dans ses yeux océan, jour après jour, un peu de ma jeunesse, pour courir vers les promesses.

Sonates

Surtout ne coupez pas le son.

Dans cette ambiance de fin du monde
Dix jours après la bombe
Il reste le piano.


Franz Schubert
Sonate en ut mineur, D.958


Je n’ai pas demandé à vivre
C’est tout ce qu’il me faut pour survivre
C’est par mes oreilles que je peux boire
Après la bombe je n’ai pas besoin de voir.


1er Allegro
Souvenirs de la vie d’avant.
C’est tout ce qu’il me faut pour écrire
Les sensations étranglent la compréhension
La tristesse est ma respiration
J’aime quand il est désaccordé
Les fêlures me font craquer
Tant de cordes à casser…

4ème Allegro
Voici qu’arrive la déraison.
Je vais faire exploser ce piano
Que je ne sais pas séduire
Que je ne sais pas caresser
Que je ne sais pas lire
Que je regarde quand même
Aller et venir
De gauche à droite
De bas en haut
En ballades interminables
D’une mélancolie insoutenable
Emporte-moi dans ton tourbillon
Pas de visage pour l’inimaginable
Pas d’image pour l’envisageable.


Sonate en la majeur, D959
Andantino


Je veux seulement m’endormir.
Une prière avant de partir
Avant qu’il ne reste rien
De ce qui reste après le champignon
Franz était son prénom
Si seulement vous pouviez maintenir
Une seule de mes oreilles et le son.

Vinaigrette

J’ai trouvé. À quarante balais ce n’est pas trop tôt. Depuis le temps que je cherche un sens à ma vie. Ca y est, c’est fait (je peux cocher la case dans la liste). Je disais donc j’ai trouvé. Le sens de ma vie. C’est de gauche à droite. Le sens de la fourchette qui touille la vinaigrette. Le sens des aiguilles d’une montre quoi. Un peu de moutarde (celle qui me va) quelque gouttes d’huile et le tour est joué. Tchak tchak tchak je commence à touiller dans le sens de ma vie.

Explication : C’est le concept « fait maison » qui m’anime aujourd’hui. Plutôt que d’acheter les sauces chimiques toutes faites, et faute d’élaborer de petits plats de temps et d’amour qui mijotent sur le feu (pourquoi n’ai-je donc pas ce don si merveilleux), je m’attelle à l’ exploit de réussir la vinaigrette, en vue d’arriver à la consécration de planter moi-même les épinards qui vont atterrir dans les assiettes de mes chérubins. Il n’y a pas de grands et petits desseins. Trouver le divin dans chaque chose. Aller au bout du chemin. En l’occurrence réussir la vinaigrette. Tchaktchak tchak : allez un peu plus d’huile sur la moutarde, ça a l’air de tenir.

Courage ma vieille, savoure le moment présent. Demain, dans un rouleau compresseur tu vas traverser une zone de non-sens avant de te déverser dans l’océan week-end où ton esprit peut enfin voyager. Tchak tchak tchak: tu peux passer au vinaigre. Quel miracle ça tient !! et tu pourras immortaliser ces instants victorieux sur du papier :

À défaut d’avoir un sens, ma vie a une trajectoire. Celle de la moutarde qui devient une délicieuse vinaigrette pour accompagner les asperges. Toujours de gauche à droite, et dans le sens des aiguilles d’une montre.

Malaise vagal

Vague malaise. Non je n’ai pas la nausée, on dit plutôt mal au cœur, horrifiée par ces mots délicieux que je ne peux pas aimer. C’est l’eau de rose ou son contraire qui me fait m’en aller. Je n’ai pas de vocabulaire, je n’ai rien à déverser, mais j’ai le mal de mer, j’ai du mal à respirer. Est-il froid le parquet? Quelle est la couleur des blouses qui viendront me repêcher.

Paf. C’a y est. Retour aux origines. Je suis dans la lune. C’est là où j’habite, où il faudra venir me chercher.

Histoire d'écrire

Je suis un narrateur mal dans sa peau, mal dans ses pages. Je cherche un auteur qui me livre ses délires et m’aide à trouver des personnages. J’envie d’avance leur destinée, leur chance de vivre sur des pages, sans passé sans frayeur, loin du froid, de la douleur, et du mensonge que soufflent les mirages.

Un auteur qui pourrait me donner une histoire. Je ne l’abimerai pas. Je ne l’écorcherai pas. Je la borderai et la regarderai dormir blottie auprès de moi. La retrouverai au petit matin, la laisserai vivre son destin pendant que je disparaitrai dans ma vie quotidienne, dans la nuit qui est la mienne.

Parce que dans la vraie vie il y’a des mineurs qui meurent et des mères de soldats qui pleurent ; mais quelle importance, moi j’écrirais une histoire que l’auteur relirait tous les soirs, d’un serpent amoureux d’une ménagère et d’un gars, avec la musique pour mère, parti chanter dans les bois et cueillir des oranges amères.

Ne me demandez pas comment ça se passerait. L’auteur -je l’ai trouvé- ne m’a rien expliqué, il m’a demandé d’improviser. Il ne m’a rien dit des personnages, de leurs visages, de leurs voix, leurs gouts et leurs coutumes. Il a disparu et me laisse seule avec ma plume.

Et toi qui lis encore mon babillage, m’aurais-tu secourue ? Tu regardes cette page et esquisses un sourire. Ces mots tu aurais pu les écrire. Toi que je ne verrai jamais, qui guide mes doigts sans les effleurer, lors des ballades affolées, sur les sentiers de mon clavier. On ne se croisera pas dans la rue puisque je ne sais pas marcher, on ne se verra pas dans un café puisque je ne sais pas parler. Je ne suis qu’une main, ne me lâche pas j’ai peur. Ne me quitte pas des yeux sinon je meurs. A bientôt peut-être et bien le bonsoir à toi l’auteur.

Dernier mot

J’ai quelque chose à vous dire. Tout le monde le sait déjà : je ne sais pas parler et encore moins rire.


A la conversation, j’oppose le silence ; l’impuissance à la détresse, et à la grâce la maladresse. Lâcheté est mon accoutumance, et dans la vie d’à côté de plus en plus je me tais. Alors je cherche dans les cuves de mon inculture quelques mots rodés pour répondre, quelques mots sucrés pour faire la belle. C’est mon dernier mot qu’en vain j’appelle.


Que dira-t-il quand je me suis si souvent tue. Caché dans mes entrailles, dévoré par le silence, que fera mon dernier mot quand je serai sans défense, que pensera mon dernier mot avant que je ne m’en aille ?


J’ai quelque chose à vous lire. Mon dernier mot est muet. Mon dernier mot est secret. Il sait seulement écrire.

Retour de vacances

J’avais fait ma valise. J’avais tout rangé. Les mots je veux dire. Bien triés bien entassés. Les plus lourds en bas (dans la plante des pieds), et dans ma tête les plus légers.

Respiration. Nous sommes dans l’avion. Qu’est ce qu’on est bien installé. Mais non je n’ai pas la trouille. Seules les 9 premières minutes et les 11 dernières sont fatidiques. Bientôt je vais m’endormir, et les vacances archivées dans « souvenir ».

Nuaaages, plaaaages, rivaaages… à la rentrée, des mots gentils et bien lisses j’écrirai. Autour de moi une pub de yaourt aux fruits. Chéri chéri a commandé un Whisky, le petit téléporté dans Spiderman et la petite investie dans la lourde mission « Sauver la Planète».

Nous allons bientôt traverser - c’est le plafond qui parle– une zone de turbulence. « Les enfants ca va être génial. Des montagnes Russes. C’est la continuation des vacances». Petites vagues dans le Whisky, apparition de l’homme de sable et Score 2-0 dans sauvons la Planète.

« Il y a un seuil à la douleur » m’a dit un jour ma mère. Au pire je m’évanouis. Et me réveille avec un gentil médecin penché au dessus de mon lit. Bon est-ce que je crois en Dieu ou paaaaaaaaas. Oh la la la la ! Qu’est ce qui se passe ? Quel est ce bruit ? C’est promis, une fois à Paris, si je suis encore en vie, je me trouverai une religion qui intègre les problèmes d’avion.

Whisky débordé. Score à zéro dans « sauvons la planète » et centrifugeuse dans ma tête…


Viiiiite un clavier. Tac tac tac tac . Voilà. J’ai tout vidé (excusez les contraintes gastriques. C’est indépendant de ma volonté). Tout est dans le sac blanc avec souvenirs dedans. C’est mon psy qui va être embêté. Je n’ai plus rien à lui raconter.

Aquarium

Des bulles et des bulles. Je suis dans un aquarium. Des bouches qui s’ouvrent et se referment. Glou glou je n’entends rien. Des bulles qui sortent et se promènent. C’est normal je suis dans l’eau. Glou glou ils sont beaux ces poissons. On dirait le monde de Nemo.

Leurs lèvres sont gonflées pour flotter, leurs yeux fardés pour briller. Bizarre qu’il n’y ait pas de son. Mais oui nous sommes dans la mer. En tout cas bien au fond. Glou glou je veux rentrer à la maison. Il y’a de plus en plus de poissons ; mais attention je suis poissonne. Aïe aïe un requin. Au secours, je ne connais personne ! Il ne va pas te dévorer, regarde bien ses bulles. Glou glou ce sont les plus belles. Il y’a même des étincelles. Gloups un peu de grammaire :

L’aquarium est un genre. L’aquarium est féminin. Ca fait des heures que je la fixe. C’est ma coupe de champagne. Comme à une bouée je m’y agrippe, et depuis le début de la soirée, j'implore le ciel qu’elle m’engloutisse

Sieste

Je voulais faire une sieste, et demander au temps de m'oublier. Lourde et vide comme après un repas de fête et les oreilles remplies a craquer, pendant que mon corps lentement secrète une substance que nul ne peut neutraliser.

Assise dans une grande bibliothèque je suis prise de démangeaisons et vois des traits noirs se détacher de l'hypothétique horizon. D'étranges sons s échappent des volumes en carton que suivent les déclinaisons, sautant d’étage en étagère et de page en image arrivant dans mes terminaisons comme un cortège de fourmis traînant des cafards comme des maisons et des mouches rêvant de papillons.

Et voila que grimpent sur mes lèvres des lettres au goût de trahison qui s'enfoncent dans ma gorge pour écrire strangulation, pour que s'endorment libres et légères des pages blanches dont le sommeil ne reconnaît plus les heures ni les saisons et les rêves ne s’encombrent pas de démons.

Je voulais faire une sieste, et demander au temps de m oublier, lourde et livide comme après une grande fête et un repas bien arrosé, mais de ma peau suinte une substance invincible qui creuse autour de mes lèvres mes yeux et mes mains, des sillons qui mènent à ce dont la vie est peut-être une piètre approximation.

Sourire

J’ai perdu mon sourire. C’est arrivé ce matin.

Café. Je vais le retrouver. 8 heures. Pas le temps de chercher. Au revoir tout le monde. Les clés, le téléphone, oups je l’ai oublié.

Métro. Pas envie de sourire. Boulot. Plutôt envie de pleurer. Pas eu le temps de chercher. Où ai-je bien pu le ranger. Déjeuner. Je n’aurais jamais cru qu’il allait tant me manquer. Je devrais le garder dans mon sac avec les trucs à maquiller. Pour me cacher derrière, pour rendre la monnaie. Boulot. Ils vont tous me haïr. Métro. Toujours pas de sourire.

Chez moi. Il doit être bien rangé quelque part. Comme les vêtements dans une armoire. L’hiver au dessus et l’été à hauteur du regard. Je veux retrouver mon sourire. Peut-être dans un tiroir, entre les mouchoirs et les carnets, ou derrière le miroir histoire de me regarder. Tant pis. Il fait nuit. Je vais écrire.

Mais…Mes traits s’étirent, du côté de la bouche je veux dire. Quelques lignes pour me distraire. Vous voyez mes dents? Elles sont là sur l’écran, blanches comme les pages qui ne demandent qu’à noircir. Ce soir je vais oublier de mourir, ce soir je m’en vais retrouver mon sourire.

Temps

Si le temps me promettait de passer, aussi vite maintenant, qu’en ces jours de douceur passée. Si seulement il pouvait m’assurer qu’en ce moment se déroule ce qui demain ne sera plus rien, rien que du passé, et si en passant il pouvait, comme le vent et les marées, effacer le présent, interminable et entêté.

Mais si le présent, naïf et gonflé croyant à son éternité, lui signifiait qu’il s’en passait, et si le temps pour le narguer s’arrêtait, de passer, oubliait de s’y arrêter pour l’emmener au prochain après…

Alors au secours !

Dites lui qu’il passe et qu’on en finisse, vite, avant qu’il ne faiblisse, faites que je trépasse avant qu’il ne vieillisse

Cordes et cordons

Je ne sais pas par quoi commencer. Je ne sais pas comment ça a commencé moi qui ne suis pas encore née. C’est un songe. Vais-je me réveiller ?

D’où viennent ces sons que je n’ai pas appelés, que je ne voulais pas entendre, moi qui ne sais pas écouter, qui suis réticente à comprendre, si lente à entreprendre, si vieille avant le temps, fatiguée depuis longtemps, noyée dans les détails soucieuse pour dans dix ans. Rêveuse, dans mes rêves seulement, j’ai peur de tout même du vent, j’ai froid partout même au printemps, et là je dors puisque je ne sais pas mourir, et je rêve que je ne suis pas encore née, et je rêve puisque je ne suis pas réveillée.

Je rêve d’être musique et ne connaître des cordes que les harpes et les violons, je rêve d’être sans chair pour ne plus penser aux cordes et aux cordons. Ceux qui me nouent à ma mère, me raccrochent à mes filles et mes garçons. Cordes de mille couleurs, cordages de tous les langages, tissés et serrés comme les mailles d’un filet, voilà que je deviens poisson. Mille poissons et mille hordes, prisonniers d’illusions, ballottés.
Je ne veux pas me réveiller. Je retiens mon souffle faute de retenir le temps mais je dors encore et tout n’est que du vent, et je rêve encore que je ne m’éveillerai pas, et j’espère encore que je n’existe pas. Mais voilà que sonnent les cloches et résonnent les carillons. C’est minuit !
Vous entendez ? Jésus est né, qui ne connaît pas les cordons, et pour les cordes attendra Judas et ses démons.

Catastrophe naturelle

Mon ange, mon adoré. Le silence est mort ce soir, le silence a peur du noir, je veux le colorier. Approche, je vais te livrer les sons qui me minent, les mots qui m’étouffent et ligotent mes pensés, ceux qui m’écrasent un peu tous les jours et font de nous des meurtriers.


Prête moi ta bouche, mon ange, je vais les glisser, doucement sans qu’on les touche pour ne pas les rayer, lentement sans qu’ils ne bronchent pour ne pas les user, dans ta bouche pleine de songes et de rêves muets, donne moi ton souffle donne moi ta peau, les mots m’abandonnent je vais m’asphyxier, mes poumons sont vides et mon ventre liquéfié.


Les mots assoiffés comme plus jamais repus supplient ta langue desséchée tellement je l’ai bue. Mon cœur s’est tu, tu peux le caresser, avec des tremblements géants, comme les frissons révolus, ceux qui faisaient s’écarter les continents et s’engouffrer les océans inconnus, mon âme est vaincue, tu peux la brûler comme les volcans défigurent la terre, après la scission des hémisphères.

Partout mon ange tu peux t’infiltrer, comme les soldats sans peur dans les souterrains minés. Viens dans les abysses chercher ces mots qui n’en sont plus, broyés par les secousses et transformés en cris. Doucement mon ange, vois-tu les voiliers, noyés comme les épaves, et les trésors enfouis, sens-tu les marées, amoureuses des lunes et verticales comme la pluie. Lentement mon ange je bois des encriers, plus vrais que la vie, et plus blancs que la nuit.

Continue mon ange, le ciel est zébré, de langages sans mots et de mots foudroyés, rapides comme l’éclair au souvenir plus lent qu’une gymnopédie. Plus fort mon ange, je sens des fusées, frissonnantes et géantes sur des navires guerriers. Tiens toi bien mon ange, nous allons chez les démons, nous irons chez les archanges qui t’ont déjà bercés, dire des mots sans nom et des noms sans merci, accroche toi mon ange, on va s’envoler.

Vite mon ange, vite, j’entends les blindés. Feu! Mon ange, Feu! T’ai-je dit que je t’aimais? Feu! mon adoré. Feu! La terre va trembler.

Les équilibristes

Encore un voyage d’affaires! Bienvenue au cirque. Bonjour au clown qui pleure « qui dit oui avec sa tête, qui dit non avec son cœur ». Qui mieux que nous peut jongler avec l’infidélité dans la fidélité, le mensonge dans la vérité, le rire en pleines larmes et le sourire en plein drame. Je suis équilibriste et couche mes mots sur le papier comme touche ma peau l’impossibilité. Si je devais te tromper ce serait avec l’écriture. Prends l’avion et je prendrai la plume, décolle et j’aurai des ailes. Le temps ne compte plus, je suis déjà en voyage. Je nage dans mes papiers, dors en plein réveil, et rêve de mon sommeil. Pars, mais tu n’es déjà plus là. Vole, je suis déjà là-bas. Enfuie dans mes feuilles, enfouie dans mes rires, fouillant mes délires. Au revoir et bonne chance, à ce soir et bonne romance ! Si ta trahison est théorique la mienne est rhétorique. Pauvres de nous, pauvres fous, équilibristes pendus sur le fil du rasoir entre fidélité et passion, bonheur et illusion. Chers équilibristes ballottés en plein cirque; à gauche sensualité, à droite mathématiques.

Les mondes parallèles

Existe-t-il ce monde dont je rêve qu’un jour j’y vivrai ? J’ai peur à l’idée qu’il y’a une musique que je n’ai pas écoutée, un homme que je n’ai pas embrassé, un amour que je n’ai pas consommé. Existe-t-il un monde parfait où vont se rencontrer ceux qui le doivent ? Où vont s’embrasser ceux qui se savent ? Un monde caché qui héberge les loupés. Qu’arrive-t-il des rendez-vous avortés ? Peut-on un jour visiter ces histoires inoccupées, celles à côté desquelles on est passé sans même les regarder ? Vais-je un jour goûter ces baisers non touchés, écouter les paroles assassinées ? Y’a-t-il un chemin pour y arriver, un moyen pour l’emprunter ? Je le sens, sans le toucher, je l’entends sans mes oreilles, et le vois, dans mon sommeil. Lui et moi, unis pour toujours, comme les lignes parallèles qui s’accompagnent à jamais, et à ne jamais se rencontrer sont condamnées.

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Nous écrivons tous la même histoire. Que nous la couchions sur du papier, ou la gravions dans nos mémoires. Nous écrivons tous le même livre, d’amour et de désespoir. Nous avons tous le même désir de vivre, comme dans un film, comme dans un roman, de naviguer sur des lignes droites des lignes ivres. Des lignes parallèles. Nous buvons dans l’une et nous enivrons dans l’autre.

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Un jour j’ai découvert, en plein froid, en plein hiver, le remède des mondes parallèles. La vie est un funambule, perchée sur deux lignes. Deux lignes qui s’accompagnent à jamais, et à ne jamais se rencontrer sont condamnées. Deux lignes bien tracées, l’une avec l’air qu’on respire, l’autre avec les mots du délire. Deux lignes qui ressemblent à des cordes. L’une pour se pendre et l’autre pour grandir. Deux cordes faites de lignes pour écrire, cachées dans un lit qui ressemble à un cahier.

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Mais quoi ! Vous pensez que les mots vont rester enfermés dans mon ventre ? Un jour ils ressortiront en furie. Ils surgiront de mes yeux, jailliront de mes intestins, suinteront de mes cheveux. Mes ongles muteront en stylos, ceux qui écrivent sans trembler, et mes jambes en forêts, celles qui font le papier. De mes doigts fleuriront des bandes infinies, faisant le bruit des machines à dactylographier. De mes bleus couleront des rubans colorés comme ceux qui s’échappent des manches des magiciens et qui n’en finissent jamais. Regardez ces lignes éjectées comme des fusées à la recherche des étoiles. Des lignes propulsées vers le soleil aussi vite que mes petites étoiles filantes viennent de plonger dans le sommeil !

Vite, allons dire à tous les gens qu’on aime qu’on les aime avant que le Tsunami nous emporte, que l’avion nous écrase, le feu nous embrase, et que l’argent nous exporte. Écrivons d’un seul trait ce qui nous mine. Vite. Avant que le vent nous vide et le temps nous élimine. Vite. Avant que la vie me quitte et me ruine. Prenez le seul poème qui m’habite, tenez les mots qui me hantent. Éloignez de moi les ombres de cet arbre sans nombre, qui m’abrite et m’épouvante.

J’aime tant dormir. Je rêve de mes rêves plus que de manger, et besoin de mes songes plus que de te caresser. Où va-t-on quand on rêve? Où vont nos rêves une fois rêvés? Je veux les prendre en filature, avant de me réveiller. Les suivre sans mot dire pour ne pas les effrayer. Je veux porter les armures que mes rêves ont tissées. Toucher le temps qui n’est pas passé, et gouter le repos qu’ils ont embrassé. Que font nos rêves quand on s’est réveillé. Où sont-ils quand on les a oubliés? Est-ce qu’ils nous attendent, discutant paisiblement, ou bien cherchent-ils vraiment, désespérément ceux qui n’ont plus de rêve, dont le rêve est absent.

C’est à toi que je parle, quand je parle avec moi. Quand en silence je pense à ce que je livre là. Ces longues confidences que je retourne en moi, avant qu’enfin je les dépense sur ce clavier avec mes doigts. Tu es de chair mais est-ce vraiment toi, qui reçois mes mots, pour qu’homme je devienne et que femme tu sois ?

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Quelle heure est-il du jour ou de la nuit ? Quel temps fait-il ? Est-on hier ? Où est aujourd’hui? Je tourne avec la terre et mes sens sont étourdis. Ta bouche me nourrit et tes mains ont kidnappé ma léthargie.
Quel temps fait-il ? Est-ce du soleil ou de la pluie ? Quel pays m’habite ? Quel océan m’a pris? Tes vagues brulantes m’ont envahi et ton doux volcan enseveli.

Quelle heure est-il du jour ou de la nuit ? Ton souffle me brûle et la lune s’est enfuie.

Quel pays m’habite, quel océan m’a pris ? Mes veines s’agitent et voient enfin la vie.

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Il a des pages blanches en guise de peau et respire par vos yeux. Tes mains, on peut quand même se tutoyer, sont comme une plage et mon sein s’appelle « encrier ». C’est toi et moi qui l’avons fait. Tu caresses sa peau et contemple son visage. Regarde bien ses traits. Il est à ton image et les lignes sont ses cheveux. Touche ses pages, elles sont lisses et dorées. Il s’appelle « les mondes parallèles », tu sais, comme les droites parallèles, dont à l’école déjà on nous disait, qu’elles ne se rencontreraient jamais.

samedi 5 juillet 2008

La chute

Douzième étage. Je suis une femme donc durant ma chute vous verrez mes cheveux flotter et c’est peut-être eux qui perturbent ma vue, qui dérangent mes yeux, nos chers yeux qui, lorsque devenus vieux, restent intacts, pas de rides pas de saignements la seule brèche vers nos cœurs, notre seule beauté non liftée. Mon dieu comme j’aimais quand ils étaient embués. Quand, à cause d’eux je n’arrivais plus à cacher les secrets de mon cœur, la supplique de mon ventre, la faim de Janvier.

Onzième étage. Le temps est d’une lenteur vertigineuse. Je vois deux amants s’embrasser, comme pour la première fois, comme mes parents l’ont fait pour que je puisse aujourd’hui avoir des yeux pour regarder. Quel goût mortel devait avoir ce péché originel. Mais c’est l’ivresse qui l’emporte, l’ivresse qui se transmet et s’habille, pour qu’enfin un jour, affamés de vide, sans peur et sans vertige, du haut de notre gratte-paradis, nous traversons la fenêtre à la poursuite du passé, à la recherche du présent. Le temps est carré. Je glisse le long de son abscisse, du squelette d’acier, enraciné dans les abysses de ma ville natale, ma ville fatale. Le temps est vertical. Le temps est glacial, comme le vent de Février.

Ma bouche se dessèche. J’avale ma vitesse et me voilà devant le vide horizontal du 10ème. Tout est ordonné. Un homme dans son lit attend de partir. On lui porte ses médicaments tous les matins pour l’empêcher de mourir. De voler comme je le fais. Voler sur les ailes de la mémoire. Voler dans les nues du hasard. Viens avec moi, viens dans mes bras.

Neuvième étage. Je sais encore compter. Neuf est mon préféré. Neuf mois je vous ai porté. Neuf mois d’immunité. Tremplin pour l’immortalité. Je glisse et j’aimais le mois d’Avril.

Huit. Enfin le mois de Mai. Vous entendez ces cascades inouïes ces rires d’enfants comme ceux émerveillés, que les miens avaient devant les calendriers de l’avent. Vite, je tombe, mais cela, s’il vous plaît, je veux l’emporter, dans ma tombe et même bien après.

Sept. Pour mes funérailles, Schubert vous écouterez. D’où sortent ces mélodies ? Les fenêtres sont hermétiques et fermées. Je plane … Le temps s’est arrêté, une petite pause, une petite fantaisie, avant de m’écrabouiller.

Six. Comme le temps passe vite. Comme le temps passait vite. Je n’avais même pas le temps de cocher le jour consommé, consumé sur le calendrier. Les jours, les semaines, les mois passaient à une allure vertigineuse, plus vite que ces fenêtres sous mes yeux, mes yeux embués de souvenirs. Plus vite que ce motard qui a fauché ce jeune homme au carrefour, plus vite que ces chiffres en néon éclatant qui affichent l’augmentation de la dette américaine et plus vite que le produit de l’étage au carré multiplié par ma masse. Pourquoi tout est-il si irréel et mon estomac noué. Il y’a un cordon qui traine dans mon ventre serré.

Cinq. Je vois la maternité, la naissance de mon fils, la naissance de ma fille. Je vais me cogner. Y’aura-t-il un bruit, lorsque ma tête sur l’asphalte va se heurter. Il a 7 ans aujourd’hui, elle aura 5 ans demain. C’étaient les plus beaux jours de ma vie. Je n’ai pas écrit le livre dont je rêvais, je n’ai pas dit ce que je voulais et maintenant, le sol déguisé en horloge géante, se rapproche de moi. Je ne vois plus que les aiguilles qui ont tourné, comme les manèges de l’été, où je les emmenais tournoyer. Mes cheveux sont enneigés, mes dents sont tombées. Je vais m’écraser.
Quatre. Ca y’est, ma vue s’embrouille, comme l’image de cette nuit insensée. C’est la fin de l’été. Je n’ai pas tenu ma promesse et pas ouvert le cadeau dont il m’a dit que tout au long de ma vie j’ouvrirais.

Trois, deux, un, ..........